vendredi 14 septembre 2007

Le scandale de l'Aquaparc

Là où l'iniquité sévit, là où de sinistres et véreux individus tentent de spolier le brave homme, l'Hippopotable se dresse et dit, calmement mais avec force : non.

Nos reporters ont un fois de plus découvert un sombre complot. Des dizaines de milliers de francs lourds ont été détournés de leur destination par une clique d'aventuriers. Plus grave encore : des enfants et des jeunes ont été tristement privés de leur juste aire de jeu.

Mais de quoi s'agit-il encore ? , vous dites-vous en levant les yeux au ciel.

Souvenez vous.
1973 : la France vit un âge d'or sous la présidence avisée et débonnaire de George Pompidou. L'ère des loisirs, tant annoncée, semble enfin à la portée du plus grand nombre. C'est à cette époque que l'on peut voir, s'étalant en pleines pages couleurs dans les magazines, cette annonce alléchante :


Un programme alléchant : cow-boys, authentique dolmen, jets d'eau de - tenez vous bien - 80 m. , et surtout cette ondine dont on aimerait également connaître les mensurations.

Le projet cher à Marcel Michard, PDG des sablières de Flins, était il crédible ? Apportant la caution et le sérieux propre à balayer le doute du lecteur, Jean Cauchon, sénateur-maire de Dreux, était embarqué dans l'affaire :


Oui, un élu local de cette dimension ne pouvait que soutenir avec enthousiasme un tel projet, "qui permettrait aux jeunes Drouais et Drouaises de se perfectionner dans leur sport favori" (sans doute le dressage de dauphins), "seul vrai moyen possible offert aux adolescents pour découvrir la vie" (il s'agit ici du jet d'eau de 80 m de haut).

Notez que Jean Cauchon promettait d'être "agent diplomatique afin d'aplanir les éventuelles diffcicultés que pourrait rencontrer l'Aquaparc d'Ecluzelles qui doit absolument voir le jour".
Un tel engagement, imprimé à des millions d'exemplaires dans la presse nationale, a pratiquement valeur de serment sur la Sainte Bible.

Plus de trois décennies ont passé.

Et où en est le projet d'Aquaparc d'Ecluzelle ? Raymond Cartier, de passage à Dreux pour rendre à sa cousine les clés du mobil-home, a pris ce cliché qui en dit long :

Le plan d'eau d'Ecluzelle en août dernier.


De qui se moque-t-on ? Où est le bateau à vapeur ? Les sémillants cétacés et leur accorte ondine ? Les cow-boys sauvages et l'authentique jet d'eau ? Et surtout, où est passé l'argent ?
Messieurs Marcel Michard et Jean Cauchon ont bel et bien disparu, laissant leurs créancier amers et les estivants désemparés.

Nous lançons ici un appel à nos lecteurs : si vous avez quelque information sur la situation actuelle de ces individus, envoyez-nous au plus vite un télex, télégramme de Chappe ou mieux, un pneumatique.

Nous sommes tenaces. Nous ne lâcherons pas cette affaire avant d'avoir fait toute la lumière sur ce qui pourrait bien être un des plus grands scandales politico-financiers du moment(1).


(réclame)


(1) Si toutefois l'affaire n'est pas réglés d'ici fin septembre, nous nous réservons le droit de ne pas donner suite aux courriers de nos lecteurs.

7 commentaires:

Ranx a dit…

M'est avis qu'ils ont eu des problèmes sur la construction de cow boys. C'est pas des zigs faciles ceux là avec leur "Yiiiiihaaa Youuuuuhouuuu" qui résonne dans la nuit sombre et pénétrante des arrières cours d'immeubles Drouaisiens.

Sans compter que qui dit ranch, dit chevaux, dit Dallas, dit pétrole. Et là, je serais pas étonné que les petits gars à moustache aient perforé le sol pour voir s'il n'y avait pas un rien d'or noir dans les fondements de cette cité dortoir (c'est pour la rime, je connais peu cette contrée, elle est peut être plus cantine, je ne sais pas).

Quant aux dauphins, on a beau dire, il faut se méfier de leur petit rire dauphinois qui fait fondre les enfants. Ces bêtes là réclament du Galak à tour de bras, et j'aime autant dire que c'est fatiguant de les entendre réclamer quand on est du quartier.

Et j'eus ouïe dire qu'il y eu un mini accident avec la fontaine, une passante, certes agée, s'étant pris un dauphin sur le coin de la caboche en traversant au passage piéton, celui ci ayant été projeté dans les airs après s'etre aventuré trop près de la fontaine.

Enfin, la paix est revenue, les jeunes d'aujourd'hui peuvent enfin pratiquer un vrai sport d'apprentissage de la vie...

La pêche (au canard)

raphael a dit…

Voilà, une réclame interessante, intelligente, artistique !
Le décor s'impose de suite : une nièce, une pipe, une eau de toilette.
A peine avons nous le temps de nous extasier devant ces fresques somptueuses, ces bocaux a tabac du XIXeme, cette couleur rafraichissante, que déja il nous faut philosopher : une publicité qui prone l'inceste (au second degré familial certes, "provoc'" mais pas choquant) ? Qui prone la tabagie (inconcevable à notre époque !)?
Mais au fait, le fumeur de cette pipe est-il vraiment l'oncle de cette nièce ? Que peut-elle bien consigner dans son petit bloc note ? Ce stylo est-il vraiment propre ? L'homme sur la fresque est-il vraiment hors de cette obscure histoire ? James Michel, président de la république des Seychelles, est-il vraiment un homme ?
En tout cas une chose est sure, l'homme heureux, bien qu'exigeant jusque dans le choix de son eau de toilettes (exemple parfait puisque c'est l'objet de cette pub), a voulu Green Water, l'eau de toilette verte de Jacques Fath. Gageons que l'homme n'est pas un fat (mdr ptdr omg lol rofl).

Paul a dit…

Notez au passage le subtil rappel du thème principal de cette chronique (une base nautique) dans le choix de la publicité ("green water", ce qui signifie "eau verte" dans la langue de Roger Moore).

Alain a dit…

Notons également que la nièce faussement innocente de Green Water est peut-être, avec son stylo dans sa bouche, son oncle et sa pipe, une référence au Code Hayes étazunien des années 40 et 50 qui édictait les règles de censure au cinéma.
Ainsi, un homme marié ne pouvait avoir une maîtresse et par conséquent, la péronelle était toujours présentée comme la nièce dudit.
C'est le rôle que joue Marilyn dans "Quand la ville dort" ("Asphalt Jungle") de John Huston. Elle y est la "nièce" d'Alonzo Emmerich, avocat aussi marié que véreux.
C'est dégoûtant !

KA.

Jerome a dit…

Je ne comprends pas pourquoi tu te dresses fortement en même temps que calmement. Moi je la trouve très bien cette base nautique. Certes les sémillants cowboys de 80 m de haut auraient apporté une plus value au parc d'attractions, mais bon en même temps, ça aurait fait déplacé.

Non moi je saluerai plutôt la sagacité des décideurs qui ont eu la lucidité d'arrêter à temps le gaspillage de l'argent public en offrant néanmoins un divertissement de qualité, et sans anachronisme. Les cailloux qui retienennt la bache sont, si j'en crois la photo, du plus bel appareil et choisis dans les meilleures carrières d'Afrique du Sud. Ca ça a dû couté éppette.

Quant à l'ondine, je pense que les décideurs ont dû l'engager comme secrétaire, plutôt que d'aller faire la mariole parmi les dauphins et autres poissons aquatiques. Merci à eux, de lui avoir offert un toit ainsi qu'un emploi stable.

Anonyme a dit…

Le plan d'eau d'Ecluzelle et ses cailloux, subtile allusion au jardin du Ryoan-ji à Kyoto.
Trois décennies pour en arriver là, eh oui. C'est qu'il en faut du temps, pour faire pousser des cailloux !
Un grand bravo à Messieurs Marcel Michard et Jean Cauchon.

Marcel Suzuki, maître sōtō zen à Louviers.

Anonyme a dit…

Paul je t'adore, c'est bon d'avoir un ami.
Sincèrement, Vincent